La question revient très souvent au cabinet : « Et si je ne me réveille pas ? » Derrière cette phrase, se logent plusieurs peurs : perdre le contrôle, révéler des secrets, rester « coincé » en transe, ou se retrouver manipulé.
Si vous tapez « hypnose » en ligne, vous tombez vite sur des images de spectacle où les volontaires semblent zombifiés. En réalité, l’hypnose thérapeutique est un état naturel d’attention, proche de la rêverie ou de l’absorption dans un bon livre, qui se pratique en sécurité et avec votre consentement.
Dans cet article, je vous explique ce qu’est (et n’est pas) l’hypnose, pourquoi la peur est normale, comment une séance se déroule, et ce que vous pouvez faire pour aborder votre première séance sereinement.
Hypnose : définition simple et précise
L’hypnose est un état de conscience modifié, à la fois concentré et détendu, où l’attention se tourne davantage vers l’intérieur. On parle parfois de « transe », mais inutile d’imaginer quelque chose de mystique : c’est un continuum entre l’éveil habituel et une absorption profonde, comme quand vous conduisez « en pilote automatique » ou que vous perdez la notion du temps en lisant. En séance, l’hypnothérapeute guide cette focalisation pour faciliter des changements utiles : soulagement de l’anxiété, travail de douleur, gestion d’habitudes, développement de ressources, retraitement d’événements difficiles.
Point clé : vous restez conscient. Vous pouvez parler, bouger, ouvrir les yeux, faire une pause. L’hypnose n’est ni un sommeil, ni un anesthésiant de volonté ; c’est un outil d’attention.
« Et si je ne me réveille pas ? » déconstruire la peur
La peur de « ne pas se réveiller » confond deux univers : l’hypnose de spectacle (dont l’objectif est de divertir) et l’hypnose thérapeutique (qui vise à aider). Physiologiquement, on n’a jamais vu quelqu’un rester bloqué en transe. Pourquoi ? Parce que l’hypnose est auto-régulée par votre système nerveux.
Si le praticien se tait longtemps, votre esprit revient naturellement à son niveau d’éveil habituel, ou glisse vers une relaxation comparable à un moment de repos éveillé. Vous ne restez pas « coincé » : vous flottez entre des niveaux d’attention, et vous remontez en surface dès que nécessaire (bruit, inconfort, besoin d’aller aux toilettes, etc.).
Ce qui est vrai, en revanche, c’est qu’une transe agréable peut donner envie de prolonger l’instant : comme après une sieste réussie, on n’a pas toujours envie de se lever tout de suite. Mais « ne pas avoir envie » et « ne pas pouvoir » sont deux réalités très différentes.
Peur de l’hypnose : à quoi elle sert (et comment l’utiliser)
Votre peur a une fonction protectrice : éviter la perte de contrôle et la manipulation. Bonne nouvelle : l’hypnose thérapeutique renforce le contrôle plutôt qu’elle ne le retire.
En séance, vous apprenez à diriger votre attention, à installer des ressources internes et à choisir ce sur quoi vous focalisez. La peur devient alors un signal : besoin de clarification, de sécurisation, d’étapes plus progressives.
En pratique, on utilise la peur comme un matériau thérapeutique : on lui donne une voix (« de quoi as-tu besoin pour te sentir en sécurité ? »), on la régule (respiration, ancrages), puis on avance par micro-doses d’expérience hypnotique, avec votre accord.
Mythes fréquents autour de l’hypnose
« On dort. » Non : l’électroencéphalographie montre un état ni sommeil ni veille classique, plutôt une réorganisation de l’attention.
« On dit la vérité malgré soi. » Faux : vous pouvez taire ce que vous ne voulez pas partager. Vous gardez la capacité de mentir… mais l’hypnose thérapeutique ne cherche pas des « confidences ».
« On peut me faire faire n’importe quoi. » Non : l’hypnose n’efface pas vos valeurs. On ne peut pas vous faire agir contre votre éthique profonde.
« Il faut être suggestible pour que ça marche. » L’hypnose s’adapte à tous les profils : certains répondent via l’imagerie, d’autres via le corps, la logique, le rythme. On ajuste.
« Une séance suffit pour tout. » Parfois une séance change beaucoup, souvent il faut quelques rencontres. L’important est la progression et l’autonomie.
Comment se déroule une séance d’hypnose en cabinet ?
Accueil et cadre de sécurité
Nous clarifions votre demande, vos objectifs (« dormir sans anxiété », « gérer la douleur », « préparer une opération », « apaiser un souvenir »), vos contraintes (santé, traitement en cours), et vos limites. Vous savez ce que nous allons faire et pourquoi. Vous pouvez arrêter à tout moment.
Préparation et ressources et pédagogie
Je vous explique le fonctionnement de l’hypnose : ce que vous allez ressentir (ralentissement, focalisation, imagerie plus vive), ce que vous ne ressentirez pas (perte de conscience). Nous posons des signaux (lever un doigt, dire « pause ») et nous installons des ancrages de confort (respiration, appuis, geste discret).
Induction pour entrer tranquillement dans l’état hypnotique
L’induction, c’est la porte d’entrée : fixer un point, respirer d’une certaine manière, suivre une métaphore, sentir les appuis. Votre attention se regroupe. Vous pouvez garder les yeux ouverts ou fermés.
Travail ciblé : imagerie, sensations, croyances
Selon l’objectif, on explore des images (un lieu sûr, une ligne du temps), des sensations (détente, chaleur, lourdeur), ou des représentations (voir un problème sous un nouvel angle). Toujours avec feedback : vous parlez si besoin, vous ajustez, vous participez.
Réassociation pour revenir pleinement ici et maintenant
On « re-synchronise » : respiration plus vive, étirements, repères sensoriels (pieds, dos, sons de la pièce), rappel de la pièce et de la date. Vous repartez lucide, souvent apaisé, parfois comme après une bonne sieste.
Hypnose et sécurité : règles claires
- Consentement éclairé : vous devez savoir quoi on fait et pourquoi.
- Contrôles actifs : vous pouvez ouvrir les yeux, poser une question, faire une pause.
- Adaptation : l’intensité est ajustée à votre confort. On peut faire une transe légère très efficace.
- Coordination : l’hypnose complète les suivis médicaux/psychothérapeutiques, sans s’y substituer.
- Contre-indications relatives : épisodes psychotiques non stabilisés, états dissociatifs sévères, crises aiguës nécessitant une prise en charge médicale. Dans ces cas, l’hypnose se pratique avec prudence et en équipe.
Pourquoi a-t-on l’impression de « perdre le contrôle » ?
En hypnose, vous lâchez certaines habitudes de contrôle conscient (ruminer, vérifier, surveiller) pour laisser de la place à des processus automatiques utiles (régulation, mémoire sensorielle, imagination). On échange un contrôle rigide contre un contrôle souple : vous décider d’orienter l’attention, puis vous laissez le système faire le travail. C’est cette bascule, volontaire, qui peut donner l’impression de « lâcher prise ». Mais en réalité, vous pilotez la bascule.
Que ressent-on concrètement ?
- Corps : lourdeur agréable, parfois légèreté ; chaleur diffuse ; détente de la mâchoire, des épaules.
- Esprit : pensée plus lente, images plus présentes, temps subjectif modifié.
- Émotions : apaisement, curiosité, parfois vague d’émotion qui passe puis retombe.
Tout cela reste réversible : ouvrez les yeux, bougez, respirez plus fort, et vous revenez à un état plus habituel.
Peurs spécifiques : réponses simples
« Et si je révèle un secret ? » Vous gardez la main : vous choisissez ce que vous dites. L’hypnose n’est pas un sérum de vérité.
« Et si je n’entends plus rien ? » Vous entendez toujours. Votre attention filtre davantage, mais un bruit fort ou mon invitation à parler vous ramène.
« Et si je pars trop loin ? » On installe dès le départ un fil d’Ariane (un geste, un mot-clé, un comptage) pour revenir doucement.
« Et si je me sens bizarre après ? » On prévoit une phase de réassociation et des auto-soins simples (eau, marche, étirements).
Auto-hypnose : apprivoiser l’état chez soi
Apprendre l’auto-hypnose renforce la confiance : 3 à 7 minutes par jour suffisent.
- Appuis + souffle : sentez trois points d’appui, expirez plus long que l’inspire (par ex. 4 à 6).
- Ancrage : associez l’expiration à un geste (pouce-index).
- Image : visualisez un lieu sûr ou un métronome-lumière qui va et vient au rythme de la respiration.
- Sortie : comptez 1à 3 en ouvrant les yeux, étirez-vous.
Répétée, cette routine apprend à votre système qu’il sait entrer et sortir de la transe quand vous le décidez.
Hypnose et résultats : que peut-on attendre ?
L’hypnose n’est pas une baguette magique, mais elle offre des leviers puissants lorsqu’elle est bien cadrée : réduction de l’anxiété, meilleure gestion de la douleur, apaisement des ruminations, travail de souvenirs difficiles, soutien aux changements d’habitudes (sommeil, alimentation, tabac). Les résultats dépendent de l’objectif, du contexte (médical/psychologique), et de l’alliance thérapeutique. Parfois une séance débloque un sujet précis ; souvent quelques séances installent une amélioration stable.
Petit guide pour votre première séance d’hypnose
- Questions bienvenues : notez vos interrogations et peurs, on y répond au début.
- Objectif clair : « je veux dormir mieux », « je veux gérer la douleur », « je veux parler en public ».
- Habillement confortable : épaules et ventre libres pour respirer.
- Après séance : prévoyez 10 minutes calmes avant de reprendre la route ; buvez de l’eau, marchez quelques pas, respirez.
La peur de « ne pas se réveiller » est compréhensible, mais elle ne correspond pas à la réalité de la pratique thérapeutique. L’hypnose est un état naturel, réversible, sous votre contrôle, utilisé pour créer des changements utiles. En clarifiant le cadre, en respectant votre rythme et en apprenant de petits outils d’auto-hypnose, vous pouvez transformer la peur en confiance, et découvrir tout ce que votre esprit sait faire quand on lui offre un espace sécurisé et bienveillant.
FAQ
L’hypnose est-elle dangereuse ?
Pratiquée par un hypnothérapeute formé et dans un cadre clair, l’hypnose est sûre et réversible. Vous restez conscient et acteur.
Peut-on rester bloqué en hypnose ?
Non. L’hypnose est un état naturel qui se résout spontanément si l’on arrête la stimulation. Vous pouvez ouvrir les yeux à tout moment.
Vais-je révéler des secrets sous hypnose ?
Vous gardez la maîtrise de la parole. L’hypnose n’est pas un sérum de vérité. Le travail se concentre sur vos ressentis et objectifs.
Combien de séances d’hypnose faut-il ?
Selon l’objectif : parfois 1–3 séances pour un sujet ciblé, parfois un cycle plus long. Le point important est l’alliance et le plan adapté.
L’auto-hypnose peut-elle m’aider entre les séances ?
Oui. Quelques minutes par jour renforcent la confiance, la régulation et l’autonomie.
